Clichés sur les Allemands et autres subjectivités : un tour à l’Est

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6 septembre 2017 par S. Martineau

Une fois n’est pas coutume, ce billet n’est pas de moi mais d’une « rédactrice nomade » installée à Berlin, Laure Zehnacker. Elle se présente en quelques lignes à la fin de cet article.

Berlin, ce n’est pas l’Allemagne, c’est ce qui fait d’ailleurs le charme de ce pays – chaque ville a son élégance. Munich est agréable à vivre,  son architecture et ses montagnes impressionnantes sont typiques du Sud. Leipzig, qui souhaite voler la vedette à Berlin, a ses avantages : de nombreuses entreprises, sa proximité à la capitale, une grande université, un terreau créatif pour les artistes. De plus, il est très facile de s’y installer.

Le Berlinois, un autre animal

Le Berlinois l’est rarement de naissance. Il vient d’Espagne, d’Alsace, de France et des Etats-Unis, parfois du reste de l’Allemagne. Berlin, d’ailleurs, n’est pas vraiment l’Allemagne, c’est un endroit qui ne ressemble à aucun autre dans le monde. Au-delà du cliché fête, drogue et Berghain, il y a dans Berlin une espèce de solidarité débridée entre les peuples. On est tous des « Berliner » dans le cœur.

Il suffit de passer sous le pont de Warschauer pour s’en rendre compte. Nous ne faisons plus qu’un sous le pont puisque nous nageons dans les mêmes odeurs et partageons les mêmes pensées « c’est joli ici, mais qu’est-ce que ça pue ! ». Le mur est tombé (enfin presque), plus aucunes barrières ne peuvent empêcher la liberté d’exister.

S’il y a bien un mystère dans ce monde, c’est Berlin. On est de toutes les couleurs, de tous les bords, qu’on préfère le foot à l’art ou l’inverse, on aime vivre ensemble. Berlin vous donne le sentiment que vous n’avez qu’une vie pour rester enfermer dans votre chambre de collocation.

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(« Berlin Green », photo CC BY par Håkan Dahlström / flickr)

Du Trésor au KitKat en passant par les divers bars underground aux bières pas chères, la nuit semble plus illuminée que le jour. Et au petit matin, dans Kreuzberg, les bouteilles de bière éméchées cohabitent avec les danseurs ébréchés se soulageant la panse dans la Spree. Ça c’est pour le côté arm und sexy (pauvre et sexy).

Il y a aussi le côté chic de la capitale, celui de Mitte et de Prenzlauerberg. Mais ça c’est moins intéressant, hormis de savoir où se trouvent les Galeries Lafayette quand vous serez en manque de vrais fromages et de bonnes galettes.

Fuir la gentrification

S’il n’y avait qu’un problème à Berlin, c’est de se loger. Il ne suffit pas de tomber amoureux de la ville, de tout plaquer en France et de se pointer par le train de nuit un beau matin. Il faut trouver un appartement pas trop excentré, abordable et surtout disponible.

On est face à la crise du logement. Les loyers augmentent sans arrêt, on passe des entretiens collectifs pour une chambre, on fait la queue pour visiter un cagibi. Certains y voient une solution : acheter dans la capitale, ce qui est sans doute un bon investissement.

Et puis un jour, comme 70% des Français de Berlin, vous vous demanderez si votre place est vraiment ici. Berlin était bien quand on avait 20 ans, qu’on faisait confiance au dealer du Berghain. Mais maintenant on en a 30, on rêve d’une vie tranquille ou on veut fuir la gentrification (Berlin, c’était mieux avant, au temps de l’héroïne et de Bowie). Alors on tombe sur un article qui évoque Leipzig. Leipzig, nouveau Berlin ? A voir.

Le Lipsien ou l’habitant de Leipzig

Le Lipsien est un Ossie, nom donné aux survivants de la RDA par les Wessie (ceux de l’Ouest donc). Et si ces pseudos semblent mignons, ils sont pourtant gorgés de mauvais sentiments. Pour les Wessie, l’Ossie est un genre de gabarit préhistorique roulant en Trabant ou Wartburg, des bêtes industrielles aux manières… très brutes.

L’Ossie, pourtant, aime les voitures japonaises et italiennes, raconte la chute du Mur comme le plongeon vers le cinquième enfer, et est fier d’être grimpé sur la Tour Eiffel au moins une fois dans sa vie. L’Ossie est accueillant, parfois un peu rugueux, mais jamais longtemps. Et il aime le vin rouge, surtout en votre présence, et le prosecco, ainsi que le champagne russe.

Le paquet de l’Ouest

Il parle de la RDA avec nostalgie et de ses soirées à siroter de la vodka en attendant le paquet de l’Ouest. Ce paquet de l’Ouest était envoyé par la poste pour Noël par la famille de l’Ouest. Il contenait des sucreries, des vêtements dernier cri, des jouets en plastique et de l’argent de l’Ouest (on pouvait dépenser l’argent de l’Ouest dans des boutiques de l’Ouest situées à l’Est, vous me suivez ?).

On se souviendra de ce peintre qui avait exigé de rouler en Peugeot, signe qu’il faisait bon vivre avant la chute du Mur. D’ailleurs, on n’aime pas parler de cette erreur historique : la chute du Mur. On aurait pu s’en passer.

Leipzig a ses quartiers : le quartier hippie, le quartier des étudiants, le quartier des retraités, le quartier des artistes avec la Spinnerei (un complexe de briques rouges traversé par un chemin de fer). Son centre-ville nous rappelle Paris sous certains angles. Et puis sa gare vaut le coup d’œil. On s’étonnera quand vous direz que vous venez de France, parce qu’il y a 27 ans encore, vous ne seriez même pas là, c’est l’occasion de vous reparler de Paris (« Ah, la Tour Eiffel ! »).

Même si ce nom ne vous dit rien, Gérard Philippe est une star. Des salles de fêtes en province portent son patronyme. Il faut dire qu’il a tourné un film par ici. Ce qui fait le charme de la région sont ses petites villes moyenâgeuses sorties des contes de Grimm et ses complexes vides, les ruines de vielles industries.

Il y a aussi la forêt alluviale de Leipzig (ou Auenwald), la plus grande d’Allemagne. On s’y promène comme on se promènerait au milieu d’une zone archéologique : vaisselles cassées, flacon de parfum, bouteilles de schnaps, vielles prises d’électricité, aileron d’une Trabant.

Laure Zehnacker : « Je suis expatriée en Allemagne depuis plus ou moins 5 ans. Si en ce moment je vagabonde à Berlin, j’ai déjà vécu à Munich, Fribourg, Leipzig et Holzweißig (bourgade de la RDA). La passion pour l’Allemagne a commencé dès l’enfance, je ne sais pas pourquoi. Je suis rédactrice nomade, je crois qu’on dit ça. »

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2 réflexions sur “Clichés sur les Allemands et autres subjectivités : un tour à l’Est

  1. […] C’est au fur et à mesure des années et des bouteilles de vin, que je comprends que l’Est n’est pas tombé. Une chose invisible reste en place, lutte contre l’invasion capitalistique de ce monde. Les Ossies (gens de l’Est) causent des Wessies (gens de l’Ouest). Ces noms sont mignons, pourtant ils sont imprégnés de mauvais sentiments. […]

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    • une :-o dit :

      Quand on regarde les chiffre – du chomage, des salaires.. – de l’Est en comparaison avec l’Ouest, il y en a visiblement encore des grandes différences,
      Après la chute du mure, pas mal de gens devait refaire un apprentissage ou des études car ce qu’ils appprennaient en RDA n’était pas reconnu par la RFA.
      Ceux qui allaient dans l’Ouest, on les regardaient avec une certaines méfiances, car les grands patrons les employaient pour des salaires plus bas et avec ca, ils faisaient pression sur leurs anciens ouvriers. Pour ceux qui restaient à l’Est, c’était souvent le chomage.
      Il y en a des conséquences visible et il y en a des raisons réelle dans la vie quotidien qui garde la mur dans la tête. Longtemps, malgré qu’aggrandi en Allemagne, je ne l’ai pas compri, car né un an avant la chute du mure et à l’Ouest de l’Allemagne, tout ca n’a joué aucune rôle ni à moi ni à mes amis (sauf un, dont les parents venaient de l’Est). Mais je suis sure que dans quelques régions de l’Allemagne, ca se sente beaucoup plus fort et joue un rôle important causé des raison économique desquelles souffert la population.

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