Racisme en ligne : quelles réponses en France et en Allemagne ?

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10 mai 2017 par S. Martineau

Sur les réseaux sociaux, dans les forums de discussion publics ou privés, sur les blogs… le racisme est omniprésent sur internet. En France comme en Allemagne, médias et associations de lutte contre le racisme cherchent des réponses au phénomène. En ligne et hors ligne.

Un reportage sur la vie d’un réfugié syrien à Berlin, des manifestations contre la violence policière qui tournent à l’affrontement à Paris… Le racisme quotidien s’appuie souvent sur un fait divers ou un événement d’actualité. À peine un article est-il posté sur Facebook ou sur Twitter, en quelques secondes, les premières généralisations, les premiers propos avilissants apparaissent dans les commentaires.

En octobre 2016, la rédaction de France 3 Midi-Pyrénées s’était fendue d’un billet de (très mauvaise) humeur pour dénoncer les réactions d’internautes suite à l’arrivée à Toulouse de migrants venus de Calais. Le journaliste Fabrice Valery évoquait des commentaires qui « donnent la nausée ». Il observait que certains « parlent d’invasion ou font l’amalgame avec les terroristes ». « Cette haine de l’autre est irrationnelle. […] Ce ne sont pas 27 hommes démunis de tout qui vont changer la vie d’un quartier, d’une ville comme Toulouse. »

Le rôle de la majorité silencieuse

En Allemagne, les attaques contre les réfugiés, en particulier, sont également très courantes. « Le racisme existe dans la société, mais internet a un effet amplificateur », constate Johannes Baldauf, de la fondation allemande Amadeu Antonio, qui lutte contre toutes les formes de discrimination. « Il faut bien constater que la haine domine sur internet. Pas parce qu’elle est majoritaire, non, elle est minoritaire mais parle plus fort. Ce sont les autres que l’on n’entend pas. »

Depuis 2011, la fondation a renforcé son action contre la « Hass im Netz« , la haine en ligne. Au travers du programme « no-nazi.net » puis plus récemment avec « de:hate » ses équipes cherchent à analyser le phénomène, à comprendre qui sont les auteurs, quels termes sont utilisés, mais aussi à contrer les discours racistes.

« Nous travaillons beaucoup avec les réseaux sociaux, explique Johannes Baldauf. Avec Facebook, car c’est le plus grand, mais aussi avec Twitter, car on y trouve beaucoup de journalistes, d’hommes politiques. Les discours racistes peuvent y obtenir beaucoup d’écho. »

« Beaucoup de problèmes avec Twitter »

D’après la fondation, « Facebook a beaucoup fait contre ces gens-là ». L’entreprise s’est engagée à traiter plus rapidement les signalements. La collaboration avec Twitter se révèle plus compliquée.

Même constat en France, du côté de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme). « Avec Twitter, on a beaucoup de problèmes, déplore Camille Lhopitault. On avait cette affaire Henry de Lesquen, qui est sur Radio Courtoisie. Il avait publié des tweets racistes, antisémites, négationnistes et il a fallu trois mois pour que Twitter le supprime, alors que le compte était uniquement basé sur ça. »

Si les réseaux sociaux ont un rôle à jouer, ils ne peuvent pas être les seuls acteurs, estime quant à lui Johannes Baldauf : « Ce n’est pas à une entreprise internationale de régler notre problème de racisme, dans notre société. »

Une modération par les internautes ?

Pour la Licra et la fondation Amadeu Antonio, il est essentiel qu’un contre-discours se mette en place, face à des internautes qui se servent volontiers dans le registre du « grand remplacement » et de la défiance envers les élites. Côté allemand, Johannes Baldauf cite l’exemple prometteur de la campagne #ichbinhier (« je suis là »). Rassemblés dans un groupe Facebook qui compte plus de 34.000 membres, les #ichbinhier interviennent notamment sur les pages des grands médias pour y porter une voix alternative, tolérante et respectueuse.

Le contre-discours, cela peut aussi passer par la dérision. L’initiative « HassHilft » (la haine aide), basée à Berlin, repère ainsi des commentaires racistes, les republie sur sa page Facebook accompagnés de ses propres observations, qui peuvent prendre cette forme : « Exemplaire camarade ! Avec ton commentaire haineux, tu viens de faire un don d’un euro à une association d’aide aux réfugiés. » Les dons sont fournis par des sponsors, comme le club de football FC Sankt-Pauli, connu pour ses positions anti-racistes.

Fabian Wichmann, qui travaille pour HassHilft, estime que ces discours racistes ne doivent pas être sous-estimés. « Les gens qui postent ça savent très bien ce qu’ils font. D’où l’importance d’apporter notre propre voix dans la discussion. »

De plus en plus de condamnations

La justice, elle, cherche à s’adapter au phénomène. Des deux côtés du Rhin, les condamnations pour insultes ou discours racistes sur internet sont devenues plus courantes, avec souvent des amendes, parfois des peines de prison avec sursis. Plus rarement de la prison ferme.

Au niveau politique, l’Allemagne semble avoir pris un peu d’avance sur son voisin. Le ministre de la Justice Heiko Maas est d’ailleurs devenu l’une des personnalités les plus détestées du web, lui qui avait lancé fin 2015 la « Task Force contre les discours haineux sur internet ».

Par Sébastien Martineau [ce billet est une version remaniée et complétée de mon article paru dans le numéro 117 de la revue ParisBerlin, actuellement en kiosques]

 

 

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2 réflexions sur “Racisme en ligne : quelles réponses en France et en Allemagne ?

  1. elisabeth dit :

    Dans ce contexte il faut citer le réseau d’extrême droite qui semble s’être implanté dans la Bundeswehr, au sein de la Brigade franco-allemande : d’après les dernières informations il avait établi une liste de cibles potentielles parmi lesquelles l’ex président allemand Joachim Gauck et l’actuel ministre de la justice,le social-démocrate Heiko Maas. Un excellent article, bien informé et utile

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