Hambourg : la vie au gré du courant

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1 février 2017 par S. Martineau

Tout tourne autour de l’eau dans la ville hanséatique, à commencer par les grues du port et la nouvelle Philharmonie de l’Elbe. Mais dans l’histoire de Hambourg, l’eau a parfois été synonyme de destructions.

Il pleut sur Hambourg en ce mardi matin. Un vrai « Hamburger Wetter ». Pas de quoi inquiéter Kai Ihrck, en gilet de signalisation orange et avec des lunettes perlées de pluie. Derrière l’agent de la société des eaux Hamburg Wasser se situe l’une des portes les plus connues de la ville. Une élégante cabine en pierres, à quelques mètres de l’Elbe, sous le métro aérien.

Cette porte monumentale débouche sur… les égouts de la ville. Elle a été construite pour le Kaiser Guillaume II, en 1904, la date est gravée au fronton. Que venait faire l’Empereur allemand dans les égouts ? Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, Hambourg est la première ville du continent à se doter d’un système moderne et centralisé de canalisations. Or, l’Empereur est connu pour être un passionné de technique. Il souhaite se rendre compte par lui-même de cette nouveauté. Une entrée est spécialement construite à la hauteur de son rang. Quelques mètres plus bas, au pied d’une volée de marches, Guillaume II disposait d’une salle pour s’équiper et d’un embarcadère souterrain pour explorer les canalisations.

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L’embarcadère du Kaiser (photo Sébastien Martineau)

Malgré deux guerres mondiales, les lieux sont restés intacts. « Il n’y a que 60 cm ce matin, mais l’eau peut monter jusqu’au plafond », assure Kai Ihrck en montrant l’embarcadère. L’employé de Hamburg Wasser connaît bien les égouts de la ville. 5.800 kilomètres de canalisations « de toutes les tailles et de toutes les époques », qu’il faut constamment entretenir et réguler.

LE FLEUVE ET LE CHOLÉRA

La ville a appris dans la douleur l’importance de gérer ses eaux, potables ou usées. Alors que la population de la ville explose au XVIIIe siècle, avec l’essor du port et du chemin de fer, Hambourg est touchée à plusieurs reprises par des épidémies. Et quand le Grand incendie de 1842 détruit un cinquième de la ville, les dirigeants de l’époque décident qu’il est temps de moderniser. Ce sont eux qui donnent l’impulsion à la construction d’égouts et au système de distribution d’eau potable. Un choix va pourtant leur coûter cher : ils renoncent à installer un système de filtrage de l’eau potable, prélevée à l’époque directement dans l’Elbe, en amont de la ville.

C’est par l’eau du fleuve que le choléra arrive en 1892. En quelques semaines, il fait plus de 8.600 morts surtout dans les quartiers les plus insalubres où s’entassent les travailleurs du port. Hambourg poursuit néanmoins sa croissance. Le cap du million d’habitants est passé en 1919 et ils continuent à boire l’eau de l’Elbe, désormais filtrée. Il faut attendre 1972 pour que la ville cesse de puiser dans le fleuve.

CREUSER ET CREUSER ENCORE

À Hambourg, l’eau demeure un défi permanent. Il faut draguer le port et les canaux, constamment menacés d’envasement, creuser le fleuve, pour permettre à des navires toujours plus grands de venir charger et décharger leurs cargaisons. Un nouveau creusement de l’Elbe est actuellement en projet. Très critiqué pour son impact écologique, il doit permettre à des navires de 13,5 mètres de tirant d’eau de remonter le chenal de 100 kilomètres qui relie la mer du Nord au plus grand port d’Allemagne, sans tenir compte des marées.

Le ministre allemand des Transports, Alexander Dobrindt, s’est récemment montré optimiste : il pense voir les travaux débuter en 2017. Si la question intéresse le gouvernement fédéral, c’est que le port de Hambourg est non seulement crucial pour la ville-État, mais il est aussi stratégique pour tout le commerce allemand, qui repose sur des exportations faites en grande partie par voie maritime.

QUAND L’ELBE SORT DE SON LIT

Il s’agit donc de dompter la nature, mais la nature fait bien souvent ce qu’elle veut. La vie au bord de l’eau n’a pas que des avantages, les Hambourgeois de plus de 60 ans s’en souviennent. En février 1962, une vague de six mètres de haut avait remonté l’Elbe et inondé la ville, brisant des digues, laissant des quartiers entiers sous les eaux. Trois cent quinze personnes avaient perdu la vie.

À la société des eaux Hamburg Wasser, on sait aussi que les phénomènes naturels restent le plus grand défi . Kai Ihrck et ses collègues disent noter une augmentation des épisodes pluvieux  exceptionnels. « Et à Hambourg, eaux de pluie et eaux usées vont dans les mêmes canalisations, ce qui peut poser problème, explique l’agent des eaux. Mais c’est en train de changer. Les nouveaux quartiers sont désormais conçus dès le départ avec une évacuation séparée pour les eaux de pluie, bien que dans une ville comme Hambourg, les espaces encore libres où l’eau de pluie peut s’infiltrer dans le sol soient de plus en plus rares. »

La pluie justement, n’a pas cessé. En ressortant de l’embarcadère du Kaiser, on peine à apercevoir, à quelques centaines de mètres, la silhouette de la toute nouvelle Philharmonie de l’Elbe. Une salle de concert construite… au bord de l’eau, bien sûr.

Par Sébastien Martineau [article paru dans le numéro 116 de la revue ParisBerlin, actuellement en kiosques]

 

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