Et si Merkel changeait de parti ?

5

11 février 2016 par S. Martineau

Si on avait dit à Angela Merkel, à son arrivée au pouvoir il y a dix ans, qu’elle resterait dans l’histoire pour avoir introduit le salaire minimum en Allemagne et amorcé la sortie du nucléaire, elle aurait fait une drôle de tête. Pas commun comme bilan, pour une conservatrice.

Alors oui, vous me direz que le salaire minimum a été imposé par le SPD, son partenaire de coalition. D’accord, mais qui s’en souviendra ?

La mesure restera ancrée dans une période de prospérité personnifiée par « Angie », à tort ou à raison. Sont-ce vraiment ses réformes qui ont amené à une baisse historique du chômage et à la belle santé économique du pays ? Rien n’est moins sûr.

Mais les électeurs allemands n’ont pas ce genre de doutes, visiblement, et je me souviens que beaucoup, lors des dernières élections du Bundestag, citaient volontiers les performances économiques pour expliquer leur penchant pour Merkel.

Alors que s’est-il passé ? Pourquoi Merkel n’a-t-elle pas profité de cette période favorable pour expliquer – chiffres à l’appui – que la vision conservatrice du monde était la seule à porter des fruits ?

D’abord à cause d’un mauvais timing. Alors qu’elle était en coalition avec les libéraux, qui réclamaient à n’en plus finir des baisses d’impôts, la situation ne s’y prêtait pas encore. Il y a 5 ou 6 ans, en effet, les caisses publiques étaient dans le rouge, on fermait des bibliothèques et des piscines publiques faute de pouvoir en financer le fonctionnement. Du coup, l’obsession fiscale de Guido Westerwelle et de ses amis du FDP passait mal. Ils dégringolaient dans les sondages et les urnes.

Et puis il y a eu Fukushima. Alors que Merkel comptait bien faire prolonger la durée de vie des centrales nucléaires allemandes : patatra ! Ou plutôt : tsunami ! Dans un pays où le sentiment anti-nucléaire est nettement plus vif qu’en France, l’accident japonais ne pouvait que mobiliser les adversaires de l’atome. Et c’est en vitesse que Merkel a opté pour le « tournant énergétique ». Ni vu, ni connu. Quoi, moi, changer d’avis ?

Et le salaire minimum alors ? Eh bien comme le FDP faisait des scores ridicules, il n’avait plus assez d’élus pour permettre à la CDU et à sa sœurette colérique bavaroise CSU d’obtenir une majorité stable à Berlin. Retour donc à la case « grande coalition », avec le parti social-démocrate SPD qui, comme je le disais plus haut, a imposé l’introduction d’un SMIC à l’allemande comme condition à son entrée au gouvernement.

Car entre-temps, les caisses publiques s’étaient remplies et il était de bon ton de redistribuer. Mais bon avouons-le, ça fait pas joli-joli sur un CV de chancelière de droite.

Il restait bien la carte « je suis pas commode avec les Grecs », un rôle en or pour une conservatrice allemande. Rôle qu’elle a préféré… confier à son ministre des Finances Wolfgang Schäuble (enfin, on ne sait pas trop s’il lui a laissé le choix).

On en vient à se demander si Merkel veut vraiment être de droite.

À sa place, je me poserais sérieusement la question. Chahutée par son propre parti pour sa politique d’accueil des réfugiés, et ayant déjà un bilan « de gauche » à faire pâlir de jalousie ses homologues socialistes européens, elle pourrait bien finir par avoir plus d’électeurs de gauche que de droite.

Le genre de truc qui n’arriverait pas à François Hollande.

 

 

 

 

 

Publicités

5 réflexions sur “Et si Merkel changeait de parti ?

  1. elisabeth dit :

    Non, Angela Merkel ne s’est pas trompée de parti, car le « C » de Chrétien dans CDU, (Union chrétienne-démocrate), comme elle l’a elle même fait remarquer, est une composante essentielle de son ADN. Elle a ouvert les frontières aux réfugiés au nom de la charité chrétienne…Elle est fille de pasteur, ne l’oublions pas!

    J'aime

    • M.S. dit :

      Mais la CDU n’a pas le monopole de la charité chrétienne, oder? 😉

      J'aime

      • elisabeth dit :

        La CDU n’a certainement pas le monopole de la charité chrétienne, mais en matière de parti politique je n’en vois pas d’autre…vu qu’il n’y a que 2 partis revendiquant cette notion!

        J'aime

      • M.S. dit :

        Mon titre était surtout une (bien petite) provocation. Changer de parti n’est pas une option, mais l’électorat de Merkel a certainement pas mal changé depuis un an ou deux. Et ce qui m’intéressait surtout, c’était de montrer comment les événements avaient poussé Merkel a porter des réformes que beaucoup de leaders de gauche sont bien incapables d’imposer, même s’ils le voulaient. On se retrouve avec la situation paradoxale que Schröder est aimé par la droite et Merkel par la gauche. Ou bien je pousse le bouchon trop loin, Elisabeth ?

        J'aime

    • M.S. dit :

      Même si en effet Gabriel ne cherche pas trop à lui faire de l’ombre sur la charité. Où est donc passé le coeur de Sigmar?

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Bang !

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 40 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :