Wolfgang Schäuble, on aime tant le détester

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29 août 2015 par S. Martineau

J’aime bien les documentaires sur la politique. Quand ils sont bien fait.

Ça tombe bien, la chaîne ARD diffusait lundi un portrait du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble (Schäuble – Macht und Ohnmacht), alias Monsieur Austérité. Un homme que l’on aime caricaturer. Et détester.

Il a beaucoup fait parler de lui récemment lors des négociations sur le troisième plan « d’aide » à la Grèce. Et justement, les auteurs du documentaire ont suivi cette figure historique de la CDU de l’arrivée au pouvoir de Syriza jusqu’à l’obtention d’un accord.

Le fil conducteur de ce film est une longue interview avec Schäuble, qui s’attarde longuement sur ses relations avec Yanis Varoufakis. Il ironise sur son manque de chance d’attirer les caméras face à cette « pop-star » sans cravate. Les images de leur première rencontre son assez drôles.

Il évoque également son passé, de ses débuts au Bundestag en 1972 (au grand dam de sa femme) jusqu’à ses expériences ministérielles aux côtés de Merkel (il dit l’avoir prévenue en 2009 à son arrivée aux Finances qu’il était un peu buté en la matière et qu’elle pourrait regretter la nomination), en passant par le scandale du financement de la CDU à l’époque d’Helmut Kohl et l’attentat (c’était en 1990) qui l’a condamné à vivre en fauteuil roulant.

On nous donne à voir un homme politique d’une intelligence vive, bourreau de travail, dur avec lui même et avec ses collaborateurs. On le dit d’une loyauté infaillible, loyauté qui a souffert mais pas rompu lors du récent drame grec. Il était partisan d’une ligne dure (pas forcément la plus dure parmi ses collègues des Finances), que la chancelière Merkel n’a pas souhaité suivre. Ambitieux aussi. Et Européen convaincu.

Son grand œuvre : les négociations avec l’Allemagne de l’est pour préparer la réunification allemande. Il était à l’époque ministre de l’Intérieur d’Allemagne de l’ouest.

Dans ce portrait, on voit aussi un homme politique sachant manier l’humour (ah, ce petit sourire espiègle…), sachant se mettre en scène et sûr de l’effet que son âge et sa réputation ont sur les autres.

Force de ce portrait : y témoignent non seulement la femme et la fille de Schäuble, mais aussi Yanis Varoufakis en personne et le ministre autrichien des Finances Hans Jörg Schelling.

On n’y apprend pas grand chose sur la crise grecque, en tout cas si l’on a suivi un peu l’actualité de ces derniers mois, mais le personnage politique gagne en épaisseur et en complexité.

On ne peut qu’espérer que ce documentaire sera traduit et diffusé sur d’autres chaînes européennes. Et en complément, je ne cracherais pas sur une analyse de la vision économique du monsieur. Parce que ce portrait s’est bien gardé de s’aventurer sur ce terrain. Ça n’aurait pourtant pas fait de mal de mettre en avant les contradictions de l’obsession rigoriste schäublesque.

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Une réflexion sur “Wolfgang Schäuble, on aime tant le détester

  1. […] un rôle en or pour une conservatrice allemande. Rôle qu’elle a préféré… confier à son ministre des Finances Wolfgang Schäuble (enfin, on ne sait pas trop s’il lui a laissé le […]

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