Libé et son envoyée spéciale à Hambourg

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11 juin 2015 par S. Martineau

"Elbstrand & Strandperle" (Image CC BY-SA par Urban Explorer Hamburg / flickr)

« Elbstrand & Strandperle » (Image CC BY-SA par
Urban Explorer Hamburg / flickr)

Quand on est journaliste, on est – très – souvent amené à parler de choses que l’on ne connaît pas. Et sans avoir les moyens d’en savoir vraiment plus. Ce n’est pas le métier qui veut ça – les journalistes sont des vulgarisateurs, pas des experts – ce sont surtout les mauvaises habitudes prises dans la profession. Rapidité, pas de budget, pas de prise de risque.

Pour le journaliste qui se retrouve chargé d’un sujet, il s’agit donc de limiter les dégâts. Soit en trouvant rapidement des gens qui savent, soit en restant le plus flou possible.

Dans ce domaine, les pages tourisme sont une source d’étonnement sans fin pour ceux qui connaissent vraiment les destinations décrites.

Libération publiait ainsi il y a quelques jours, dans sa rubrique « Voyages > Courts séjours en Europe », un papier sur Hambourg. Attention les yeux.

Pour bien commencer (je n’ai vu que la version en ligne), on nous présente une photo d’une plage avec des grues en arrière-plan. C’est l’un des paysages les plus marquants de la ville : la plage d’Övelgönne, que Libé place à Sankt-Pauli, à plus de 3km de là où elle se trouve en réalité…

Mais en fait, ce qui me surprend le plus dans ce début d’article, c’est la mention « envoyée spéciale ». Ce n’est pas un peu survendu ? Il s’agit de la correspondante du journal à Berlin. On peut peut-être la jouer moins spectaculaire.

Ce début de papier n’est vraiment pas facile. « Longtemps tournée vers les terres… » lit-on au début du chapeau à propos de la ville. Alors que Hambourg a fait sa fortune avec le commerce maritime. Et que si les Hambourgeois devaient tourner le dos au fleuve, ce serait tout au plus pour diriger leur regard vers l’Alster, donc à nouveau vers l’eau. Ici, les gens aiment la proximité de l’eau. Et c’est sans surprise que les quartiers les plus prisés sont tous proches de l’Elbe ou des Alster (il y a deux Alster : l’intérieur et l’extérieur).

En fin de chapeau, on nous promet une promenade « à vélo et en bateau ». Je la cherche encore.

Passons au corps du texte.

« C’est là, au nord du fleuve, que s’est développée cette cité hanséatique… »

Oui, « au nord du fleuve », c’est juste. « Cité hanséatique », on veut bien des explications. Sachant que la Hanse remonte au XIIIe siècle tout au plus, c’est passer à la trappe près de cinq siècles d’histoire, vu qu’il y avait déjà une cité fortifiée à cet endroit avant la conquête franque.

"Speicherstadt" (Image CC BY par Marcus Pink / flickr)

« Speicherstadt » (Image CC BY par Marcus Pink / flickr)

Commencer la visite par la Speicherstadt, là, je dis oui ! D’ailleurs on ne peut pas reprocher à cet article de ne pas donner envie de découvrir la ville. Et il a au moins le mérite de prendre au sérieux une ville allemande – qui n’est pas Berlin… ni Leipzig alias le-nouveau-Berlin – comme destination touristique.

Quant au style « gothique », ça doit être une méprise avec le « néogothique ».

Je passe sur les raccourcis historiques sur l’histoire de la Speicherstadt et sur le grand écart avec l’émigration vers les États-Unis et l’invention du hamburger.

Le côté « excentré » du quartier m’avait échappé. Je ne vous refais pas une carte Google Maps, mais croyez-moi, il n’y a pas plus de 800 mètres à vol de pigeon entre le centre historique et la Speicherstadt.

La Philharmonie de l’Elbe (Elbphilharmonie) maintenant. Je vous en ai déjà parlé. Ce sera sans doute, dans quelques années, un bâtiment qui rendra fiers les Hambourgeois. Certains l’avouent déjà à demi-mots. En attendant, c’est surtout la meilleure source de blagues de la ville, en raison des retards de construction.

Mais surtout, la ville-champignon qui jouxte la Philharmonie, la HafenCity, est encore loin de tenir toutes ses promesses. De nombreux immeubles terminés restent partiellement vides et les commerces peinent à survivre. C’est un quartier qui n’a pas encore trouvé son âme. On lui souhaite qu’il la trouve.

Un papier tourisme, surtout s’il parle de l’Allemagne, doit jouer à fond la carte cool. Donc on doit vendre des folies architecturales, des cafés branchés et des « bureaux high-tech ».

On continue la visite. On est toujours à vélo ? En bateau ? Je ne sais plus bien. En tout cas, « on abandonne la périphérie… » J’espère qu’on n’est pas à pied, sinon ça va nous prendre au moins 4 ou 5 minutes d’aller jusqu’à l’hôtel de ville…

On fait un détour surprenant et bienvenu par le théâtre Thalia. Bonne idée !

"view from fish market" (Image CC BY-ND par anniheit / flickr)

« view from fish market » (Image CC BY-ND par anniheit / flickr)

Et on prend la direction du marché aux poissons (Fischmarkt)… de Sankt-Pauli. Oui cette fois c’est juste ! Ah non, l’article parle du marché aux poissons d’Altona. On s’y perd dans les quartiers. En fait, Sankt-Pauli est aujourd’hui rattaché au centre-ville mais se situe historiquement à la limite entre Hambourg et Altona, qui fut l’une des plus grandes villes danoises au XIXe siècle. Et qui est aujourd’hui mon quartier.

Ironie du découpage administratif, le marché aux poissons est effectivement à Altona. Allez comprendre…

On continue en bateau-bus. Si si, c’est précisé. Jusqu’à la fameuse plage de la photo, qui s’appelle désormais Neumühlen (en fait c’est le nom de la station de bateau-bus) à en croire Libé. Et au bar de plage Strandperle, effectivement ultra-connu. Difficile d’y trouver un coin de chaise si le soleil est de sortie.

La promenade vers Blankenese vaut effectivement le détour. Mais l’article nous ramène déjà en arrière, à Sankt-Pauli justement. La Reeperbahn, avec ses sex-shops et ses boîtes, a perdu beaucoup de son côté alternatif et mal famé. Mais reste une étape incontournable si l’on veut bien croire les guides touristiques.

Je conseillerais plutôt d’explorer le reste du quartier, l’un de mes préférés. Et d’aller faire un tour un jour de match au stade du FC Sankt-Pauli, évoqué dans l’article. Après ça, vous irez boire un verre au Karo-Viertel et il est peu probable que vous croisiez beaucoup d’autres touristes.

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